Comment greffer un figuier sur un figuier sauvage : guide pratique
Un figuier sauvage bien enraciné peut devenir un excellent porte-greffe. Identifiez-le, prélevez un greffon sain d’une variété comestible et réalisez une greffe en fente au bon moment pour obtenir un arbre productif.
Par La rédaction de Repères•
Mis à jour le •12 min de lecture
Deux mains gantées manipulent une jeune pousse contre le tronc d’un figuier feuillu
Un figuier spontané installé au fond du jardin n’est pas forcément condamné à produire des fruits médiocres, ou à ne rien produire d’intéressant. S’il est vigoureux, bien enraciné et adapté à votre terrain, il peut servir de porte-greffe à une variété de figuier cultivée, choisie pour la qualité de ses figues, sa précocité ou sa résistance au froid.
La réussite ne repose pas sur un geste spectaculaire, mais sur quatre points précis : identifier le bon arbre, travailler à la bonne période, utiliser un greffon sain et mettre en contact les couches vivantes situées sous l’écorce. La greffe en fente est la plus accessible pour transformer un figuier sauvage déjà en place. Voici comment procéder sans improviser.
Vérifiez que votre « figuier sauvage » peut réellement servir de porte-greffe
Pour greffer un figuier cultivé, le porte-greffe doit idéalement être un Ficus carica, l’espèce du figuier commun. C’est généralement le cas des figuiers spontanés observés dans les régions où l’arbre pousse facilement, mais l’appellation « sauvage » recouvre des situations différentes.
Un figuier peut être issu d’un semis, d’un rejet ou d’un ancien arbre cultivé redevenu libre. Il peut aussi s’agir d’un caprifiguier, souvent appelé figuier mâle. Celui-ci porte de petites figues contenant des fleurs mâles ou des fleurs destinées au cycle d’un insecte pollinisateur, selon les types. Ses fruits ne correspondent pas aux figues de table attendues dans un jardin.
Cela n’empêche pas nécessairement la greffe : un caprifiguier de l’espèce Ficus carica peut servir de support à un greffon de variété comestible. En revanche, les rejets qui naîtront sous le point de greffe conserveront le caractère du porte-greffe. Il faudra les enlever régulièrement.
Type d’arbre trouvé
Peut servir de porte-greffe ?
Ce qu’il faut contrôler avant de greffer
Intérêt ou limite
Figuier spontané vigoureux (Ficus carica)
Oui, le plus souvent
Écorce saine, absence de dépérissement, bon enracinement
Très bon candidat s’il est adapté au terrain
Caprifiguier ou figuier mâle
Souvent oui si c’est Ficus carica
Vigueur, santé, rejets nombreux à prévoir
Le greffon comestible donne les futures branches fruitières
Rejet au pied d’un vieux figuier
Oui, après vérification
Origine, diamètre et état sanitaire
Pratique pour renouveler un arbre ou conserver une souche
Figuier d’espèce ornementale différente
À éviter
Identification botanique indispensable
Compatibilité incertaine et résultat peu fiable
Observez aussi la santé de l’arbre. Évitez un sujet dont les rameaux sèchent, dont le tronc présente des zones molles ou très fendues, ou dont les feuilles étaient très déformées la saison précédente. La greffe ne corrige pas un problème de racines, de sol asphyxiant ou de maladie.
Pour un arbre installé dans un jardin fruitier, l’emplacement reste déterminant après la greffe : soleil, sol drainant et protection contre les vents froids favorisent la maturation. Les principes de choix du terrain rejoignent ceux détaillés dans ce guide de plantation pour un jardin fruitier, même si le figuier tolère mieux la sécheresse qu’un corossol.
Prélevez un greffon d’une variété comestible, saine et bien identifiée
Le greffon, aussi appelé rameau greffon, est la partie qui formera la future variété fruitière. Prélevez-le uniquement sur un figuier dont vous connaissez la qualité des fruits. Un beau rameau pris sur un arbre qui produit tardivement, peu, ou des fruits sans intérêt donnera les mêmes caractéristiques après greffe.
Choisissez du bois d’un an : un rameau formé pendant la saison précédente, ferme, brun à brun grisâtre, avec des bourgeons bien visibles. Écartez les extrémités trop fines, les rameaux très mous et les pousses anormalement longues. Un greffon courant mesure environ 15 à 20 cm et porte trois à cinq bourgeons.
Prélevez-le pendant le repos végétatif, en général entre janvier et mars selon votre région, avant l’ouverture des bourgeons. Dans les secteurs aux hivers doux, n’attendez pas que le figuier soit déjà couvert de jeunes feuilles. Coupez de préférence le matin, avec un sécateur propre et affûté.
Si vous greffez le jour même, enveloppez les greffons dans un papier à peine humide, puis gardez-les au frais et à l’ombre jusqu’à l’intervention. Si la greffe est prévue quelques jours ou semaines plus tard, placez-les dans un sachet perforé avec un support très légèrement humide, au réfrigérateur, sans les congeler. Vérifiez régulièrement qu’ils ne moisissent pas et qu’ils ne dessèchent pas.
N’utilisez pas de rameaux porteurs de chancres, de taches suspectes, de cochenilles ou de blessures profondes. Désinfectez les lames entre deux arbres, surtout si vous prélevez dans plusieurs jardins. L’alcool ménager appliqué sur une lame propre, puis laissé sécher, limite les transmissions par l’outil.
Greffez au moment où le porte-greffe redémarre sans être en pleine feuille
La bonne période dépend du climat, de l’altitude et de l’exposition. Dans une grande partie de la France, la greffe en fente se pratique habituellement entre la fin de l’hiver et le début du printemps. Le porte-greffe doit sortir de son repos : la sève recommence à circuler, mais les feuilles ne doivent pas être déjà bien développées.
Dans un jardin méditerranéen abrité, cette fenêtre peut arriver tôt. En zone froide ou en altitude, elle se décale. Ne vous fiez donc pas au seul calendrier. Regardez les bourgeons du figuier sauvage : lorsqu’ils gonflent et que les premières pointes vertes sont proches d’apparaître, le moment est souvent favorable. Évitez une journée de gel, de pluie durable ou de vent desséchant.
Plusieurs méthodes sont possibles, mais elles ne demandent pas le même diamètre de bois ni la même maîtrise.
Technique
Situation adaptée
Période indicative
Niveau de difficulté
Greffe en fente
Porte-greffe ou branche de 1 à 4 cm de diamètre
Fin d’hiver à début de printemps
Accessible
Greffe anglaise compliquée
Porte-greffe et greffon de diamètres proches, plutôt fins
Fin d’hiver
Intermédiaire
Greffe en couronne
Branche plus grosse, écorce qui se décolle bien
Printemps, en montée de sève
Intermédiaire à délicat
Écussonnage ou chip-budding
Jeune sujet, écorce ou bois en condition adaptée
Fin d’été selon climat
Intermédiaire
Pour un figuier sauvage déjà établi, la greffe en fente reste le choix le plus simple. Elle permet de recéper une jeune tige ou de travailler sur une branche charpentière sans exiger que porte-greffe et greffon aient exactement le même diamètre.
Préparez des outils propres et installez-vous sur un support sain
Rassemblez tout avant de couper. Vous éviterez de laisser les tissus à l’air pendant que vous cherchez du ruban ou du mastic.
Prévoyez :
un sécateur affûté pour supprimer les petites branches ;
une scie d’élagage propre pour une coupe nette sur le porte-greffe ;
un greffoir ou un couteau très tranchant, réservé aux coupes fines ;
un lien de greffage élastique, du raphia souple ou un ruban adapté ;
du mastic à greffer pour fermer les plaies et les interstices ;
de l’alcool ménager pour désinfecter les lames entre les sujets ;
un tuteur et un lien souple si l’emplacement est exposé au vent.
Sélectionnez un point de greffe sur une tige droite et vigoureuse, ou sur une branche charpentière bien placée. Sur un jeune sujet, travailler entre environ 20 et 60 cm au-dessus du sol rend le futur arbre facile à conduire. Sur un arbre plus âgé, vous pouvez greffer une branche latérale ou recéper une charpentière, mais ne supprimez pas toute la ramure d’un vieux figuier fragile en une seule fois. Conservez si besoin une branche tire-sève temporaire, que vous réduirez après la reprise.
Le figuier émet un latex blanc après la coupe. Ce phénomène est normal. Travaillez rapidement, avec des coupes franches, et ne touchez pas les surfaces fraîchement taillées avec les doigts. Le but est d’éviter qu’elles se salissent ou se dessèchent avant l’assemblage.
Réalisez une greffe en fente en cinq gestes précis
La réussite dépend moins de la profondeur de la fente que du contact entre les cambiums. Le cambium est la mince couche de cellules située juste sous l’écorce ; c’est elle qui permettra la soudure. Quand les diamètres diffèrent, alignez le greffon sur un seul bord du porte-greffe, plutôt que de le centrer.
1. Coupez le porte-greffe à hauteur choisie
Sciez ou sectionnez la tige de façon parfaitement nette. Si la coupe est rugueuse, égalisez-la au couteau. Sur un diamètre de 1 à 4 cm, ouvrez ensuite une fente verticale, centrée, d’environ 3 à 5 cm de profondeur. Utilisez le greffoir avec prudence : la coupe doit être droite, sans éclater le bois.
2. Préparez le greffon en double biseau
Conservez deux ou trois bourgeons sur le greffon. Sous le bourgeon le plus bas, taillez une base en coin allongé : deux biseaux plats, réguliers et opposés, sur environ 3 à 4 cm. L’un des côtés peut être légèrement plus large. Ne repassez pas plusieurs fois sur la coupe, car les surfaces doivent rester lisses.
Veillez au sens : les bourgeons doivent toujours pointer vers le haut. Un greffon retourné ne reprendra pas.
3. Insérez le greffon au bord de la fente
Maintenez la fente ouverte juste assez pour glisser le greffon. Placez-le près du bord, jamais au milieu si son diamètre est inférieur à celui du porte-greffe. Faites correspondre la zone située sous l’écorce du greffon avec celle du porte-greffe sur au moins un côté.
Sur une branche assez large, vous pouvez installer deux greffons, un de chaque côté. Cela augmente les chances de reprise. Après quelques mois, gardez le plus vigoureux et le mieux orienté, sauf si vous souhaitez former deux futures charpentières.
4. Serrez puis mastiquez toutes les zones ouvertes
Refermez la fente naturellement, puis ligaturez fermement avec un lien de greffage. Le montage ne doit pas bouger au vent, sans pour autant étrangler l’écorce. Appliquez ensuite du mastic sur la coupe du porte-greffe, autour des greffons et dans les petits jours visibles. Aucun bois à nu ne devrait rester exposé à la pluie ou à l’air sec.
5. Étiquetez la variété et la date
Indiquez au minimum le nom de la variété greffée et la date. Une étiquette souple, posée sans serrer le rameau, évite les confusions lorsque plusieurs greffes sont réalisées. C’est utile aussi pour comparer les périodes de reprise d’une année sur l’autre.
Protégez la greffe pendant les deux premiers mois
Après la pose, le travail n’est pas terminé. Une greffe peut démarrer puis échouer par dessèchement, coup de vent, concurrence des rejets ou étranglement du lien.
Arrosez le pied en cas de printemps sec, surtout sur un jeune porte-greffe ou un sol léger. Arrosez au sol, sans détremper la zone de greffe ni noyer les racines. Un paillage léger autour du pied, en laissant le tronc dégagé, aide à limiter l’évaporation. N’apportez pas d’engrais azoté juste après : il favoriserait des pousses tendres et déséquilibrées plutôt qu’une soudure robuste.
Surveillez l’apparition de bourgeons. Un greffon qui gonfle, puis émet des feuilles, est bien engagé. Comptez souvent trois à huit semaines pour observer une évolution nette, avec des variations importantes selon la température. Ne retirez pas le mastic trop tôt.
Dès que le porte-greffe produit des pousses sous la greffe, supprimez-les au fur et à mesure. Elles détournent la sève au détriment du greffon. Si deux greffons ont repris, attendez que leur vigueur soit lisible avant de sélectionner celui que vous conserverez. Tuteurez la jeune pousse si elle dépasse rapidement et si le site est venté : le point de soudure reste fragile toute la première saison.
Vérifiez le lien au cours de l’été. Un ruban non biodégradable peut marquer l’écorce si vous l’oubliez. Desserrez-le ou retirez-le dès que la soudure est solide et que le rameau commence à épaissir, en procédant sans arracher l’écorce.
Pour prolonger la réflexion sur l’exposition et la conduite d’un coin fruitier, consultez aussi ces repères pour installer un arbre fruitier dans de bonnes conditions. Les besoins propres au figuier restent toutefois différents : il recherche surtout chaleur, drainage et abri.
Corrigez les causes fréquentes d’échec avant de recommencer
Une greffe qui ne reprend pas est fréquente, y compris chez des jardiniers expérimentés. Elle ne signifie pas que le figuier sauvage est inutilisable. Analysez le point de blocage avant de recommencer la saison suivante.
Symptôme observé
Cause probable
Correction pour la prochaine greffe
Greffon noirci ou desséché rapidement
Greffon mal conservé, coupe exposée, mastic insuffisant
Prélever du bois dormant sain et fermer immédiatement les plaies
Bourgeons du greffon absents après plusieurs semaines
Greffe faite trop tôt, trop tard ou cambiums non alignés
Ajuster la date au gonflement des bourgeons et décaler le greffon sur le bord
Greffon parti puis cassé
Vent, oiseaux, pousse trop longue non tuteurée
Poser un tuteur et attacher souplement la pousse
Rejets très vigoureux sous la greffe
Porte-greffe non contrôlé
Les supprimer régulièrement dès leur apparition
Zone de greffe humide, sombre ou molle
Eau stagnante, mastic dégradé ou bois déjà atteint
Assainir, éviter les coupes par temps humide et choisir un support sain
Un échec peut aussi venir d’un greffon mal choisi. Certaines variétés ne sont intéressantes que dans les régions très chaudes ou exigent une pollinisation particulière pour une partie de leur production. Pour un jardin amateur, privilégiez une variété connue pour produire des figues comestibles dans votre zone, et demandez au propriétaire de l’arbre donneur comment elle se comporte localement.
Que faire maintenant pour obtenir votre figuier greffé
Identifiez le porte-greffe : vérifiez que votre figuier sauvage est bien vigoureux et compatible, idéalement un Ficus carica.
Choisissez une variété donneuse : prélevez ou demandez un rameau d’un an sur un figuier dont les fruits vous plaisent et mûrissent bien près de chez vous.
Préparez le matériel avant la date de greffe : lame affûtée, liens, mastic, étiquette et tuteur doivent être prêts le jour même.
Intervenez au réveil végétatif : réalisez une greffe en fente sur une tige ou une branche saine, en alignant un bord des cambiums.
Surveillez jusqu’à l’été : enlevez les rejets sous la greffe, maintenez une humidité raisonnable et tuteurez la pousse retenue.
Ne jugez pas la récolte trop vite : la priorité de la première année est de former une soudure solide et une charpente équilibrée. La fructification viendra lorsque la variété greffée sera suffisamment installée.
Si le premier essai échoue, gardez le porte-greffe vivant, laissez-le refaire une pousse vigoureuse et recommencez à la bonne saison avec un greffon mieux préparé. Un figuier sauvage bien enraciné offre plusieurs occasions de réussir.
Questions fréquentes
Peut-on greffer un figuier cultivé sur un figuier mâle ?
Oui, si le figuier mâle est bien un Ficus carica, ce qui est fréquent pour un caprifiguier. Le greffon de variété comestible formera les branches situées au-dessus du point de greffe et portera ses propres caractéristiques. En revanche, tout rejet né sous la greffe restera celui du figuier mâle : supprimez-le régulièrement.
Quelle est la meilleure période pour greffer un figuier sauvage ?
La greffe en fente se fait généralement entre la fin de l’hiver et le début du printemps, quand les bourgeons du porte-greffe gonflent. La date varie selon le climat et l’altitude. Évitez les périodes de gel, les fortes pluies et les journées très ventées. Un porte-greffe qui redémarre doucement favorise la soudure.
Faut-il obligatoirement mettre deux greffons dans une fente ?
Non. Un seul greffon bien placé suffit, à condition que ses cambiums coïncident avec ceux du porte-greffe. Deux greffons peuvent être utiles sur une branche assez large afin d’augmenter les chances de reprise. S’ils prennent tous les deux, sélectionnez ensuite la pousse la mieux placée pour éviter une concurrence durable.
Comment savoir si la greffe du figuier a réussi ?
Le premier signe est le gonflement des bourgeons du greffon, suivi par l’apparition de feuilles puis l’allongement de la pousse. Cela peut demander plusieurs semaines selon la météo. Une pousse qui se développe régulièrement et reste verte est encourageante. Continuez toutefois à protéger la zone : une jeune soudure peut casser au vent pendant sa première saison.
Au bout de combien de temps un figuier greffé donne-t-il des figues ?
Il n’existe pas de délai fixe. La variété, la vigueur du porte-greffe, le climat, l’exposition et la taille influencent la première production. Un greffon repris peut parfois porter quelques figues assez vite, mais mieux vaut privilégier sa consolidation la première année. Attendez que les branches soient assez solides et bien installées avant de rechercher une récolte régulière.
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