Quelles données doivent être collectées pour le décret tertiaire ?
Pour déclarer sur OPERAT, un gestionnaire doit relier sans ambiguïté chaque surface tertiaire à ses activités, ses compteurs et ses consommations annuelles. Cette checklist distingue les données obligatoires, les preuves à conserver et les informations utiles aux modulations.
Par La rédaction de Repères•
Mis à jour le •12 min de lecture
Une personne consulte un ordinateur portable au milieu d’étagères remplies de dossiers et de papiers empilés
Le décret tertiaire ne se résume pas à reporter le total d’une facture d’électricité. Pour déclarer correctement dans la plateforme OPERAT, vous devez pouvoir expliquer quel espace est concerné, quelle activité y est exercée, quels compteurs l’alimentent et sur quelle période les kilowattheures ont été consommés. C’est ce chaînage qui rend une déclaration exploitable et défendable.
La difficulté apparaît surtout dans les bâtiments mixtes, multi-occupants ou dotés de compteurs communs. Une facture globale peut alimenter des bureaux, des commerces, un parking et des logements. Avant toute saisie, construisez donc un dossier de preuves simple : une surface, une activité, un ou plusieurs compteurs, une règle de répartition et des justificatifs conservés.
Vérifiez d’abord que votre périmètre relève bien du dispositif
Le dispositif Éco Énergie Tertiaire, souvent appelé décret tertiaire, concerne les bâtiments, parties de bâtiments ou ensembles de bâtiments situés sur une même unité foncière lorsque la surface de plancher dédiée à des activités tertiaires atteint le seuil réglementaire de 1 000 m². Bureaux, commerces, établissements d’enseignement, hôtels, établissements de santé, administrations ou entrepôts avec bureaux peuvent être concernés, selon les surfaces et les usages réellement présents.
Cette première étape détermine toutes les données à collecter. Ne partez pas de la seule adresse postale ou du seul bail : le périmètre réglementaire peut différer du découpage comptable ou locatif. Dans un immeuble à usage mixte, isolez les parties tertiaires des logements et des autres usages non tertiaires. Dans un ensemble immobilier, vérifiez aussi si l’addition des surfaces tertiaires sur la même unité foncière déclenche l’assujettissement.
À réunir pour chaque site :
l’adresse exacte et un identifiant interne stable du site ;
l’identification du propriétaire, du preneur à bail et, le cas échéant, de l’exploitant ;
le type de bâtiment ou de partie de bâtiment ;
la surface de plancher totale et la surface de plancher tertiaire assujettie ;
les activités tertiaires exercées, y compris lorsqu’elles changent d’un étage à l’autre ;
les dates de début, de fin ou d’évolution importante de l’occupation ;
le plan, l’état des surfaces, le bail ou tout document permettant de reconstituer ce périmètre.
Certains bâtiments ou usages font l’objet d’exclusions ou de règles particulières. Ne classez pas un site comme exclu sur la base d’une appellation commerciale. Vérifiez le régime applicable dans le Code de la construction et de l’habitation, ainsi que dans les textes qui encadrent le dispositif. En cas de montage immobilier complexe, un conseil juridique ou un bureau d’études spécialisé peut sécuriser le périmètre.
Constituez une fiche de données complète pour chaque entité fonctionnelle
Dans OPERAT, la logique de saisie repose sur des entités fonctionnelles assujetties : des espaces cohérents par leur activité et leur occupation, associés à une surface et à des consommations. Une même adresse peut donc comporter plusieurs entités à déclarer. Évitez de fusionner des activités dont les horaires, les équipements ou les compteurs diffèrent fortement : vous perdriez la capacité à justifier les données et les éventuelles modulations.
Le tableau suivant sert de checklist de collecte. Il ne remplace pas les champs proposés dans OPERAT, qui peuvent évoluer, mais il permet de préparer les éléments habituellement nécessaires avant la connexion à la plateforme.
Bloc de données
Informations à relever
Source à privilégier
Utilité dans la déclaration
Identification
Adresse, bâtiment, étage ou lot, gestionnaire, propriétaire, occupant
Référentiel immobilier, bail, plans
Rattacher chaque donnée au bon périmètre
Surface et activité
Surface de plancher tertiaire, catégorie d’activité, dates d’occupation
Plans, tableau de surfaces, état locatif
Définir l’entité fonctionnelle et son usage
Énergie
Électricité, gaz, réseau de chaleur ou de froid, combustibles, production locale autoconsommée
Factures, contrats, télérelève, relevés
Déclarer les consommations annuelles par énergie
Comptage
PRM ou PDL, PCE, numéro de compteur, zone desservie, compteur principal ou divisionnaire
Contrats de fourniture, étiquettes, schémas techniques
Éviter les doubles comptes et les oublis
Répartition
Consommation commune, clé retenue, période et justificatif du calcul
Convention, sous-comptage, calcul documenté
Ventiler un compteur partagé de façon traçable
Référence et activité
Consommation historique, année choisie, horaires, jours d’ouverture, volume d’activité
Archives de factures, exploitation, planning
Étayer le choix de référence et les modulations éventuelles
Prévoyez aussi un champ « source du chiffre » dans votre fichier de préparation. Il peut contenir le nom de la facture, la période de télérelève, la date du relevé ou le lien vers votre espace documentaire. Cette précaution évite de recommencer une enquête lorsqu’un chiffre paraît inhabituel un an plus tard.
Relevez les consommations par énergie, compteur et année civile
La donnée centrale est la consommation annuelle d’énergie finale de l’entité assujettie. Il ne suffit pas d’enregistrer un montant en euros : les prix, abonnements, taxes et régularisations ne permettent pas de retrouver de manière fiable les kilowattheures. Relevez les consommations par vecteur énergétique, avec leurs périodes exactes.
Pour chaque facture ou export de données, conservez au minimum :
l’énergie concernée : électricité, gaz, chaleur ou froid de réseau, fioul, propane, bois, etc. ;
le numéro du point de livraison ou du compteur : PRM ou PDL pour l’électricité, PCE pour le gaz lorsque ces identifiants existent ;
la date de début et de fin de la période facturée ;
la quantité consommée exprimée dans l’unité demandée par le formulaire ;
l’adresse et, si besoin, la zone réellement alimentée ;
le document d’origine et sa date de réception ;
les éventuelles corrections de facture, estimations ou régularisations.
Les consommations sont déclarées pour une période annuelle. Une facture qui chevauche deux années doit donc être ventilée avec une méthode cohérente, fondée par exemple sur des données de télérelève ou, à défaut, sur un prorata documenté. N’utilisez pas indistinctement la date d’émission de la facture et la période de consommation.
Une clé peut reposer sur des sous-compteurs, des relevés techniques, des horaires de fonctionnement ou une surface pondérée lorsque cette dernière reflète réellement les usages. Une répartition purement arbitraire fragilise la déclaration. Réexaminez-la après des travaux, un départ de locataire, l’ouverture d’une extension ou une modification des installations communes.
Les données de supervision énergétique et de gestion technique du bâtiment sont utiles, mais elles ne dispensent pas du rapprochement avec les factures. Comparez les totaux annuels : un écart peut révéler un compteur mal rattaché, une donnée incomplète ou une consommation d’espace commun oubliée. Si un import ou une récupération de données est disponible dans votre environnement OPERAT, contrôlez toujours les périodes et les points de livraison importés.
Sécurisez l’année de référence avant de viser l’objectif relatif
Le dispositif prévoit deux voies de suivi : un objectif de réduction de la consommation par rapport à une année de référence, et un objectif exprimé en valeur absolue, lié notamment à la catégorie d’activité. Les deux objectifs sont pris en compte selon les mécanismes réglementaires applicables. La donnée à collecter n’est donc pas seulement la consommation de l’année écoulée : il faut aussi conserver l’historique qui rend votre trajectoire intelligible.
Pour l’objectif relatif, l’année de référence doit être choisie dans la période réglementaire allant de 2010 à 2019. Retenez une année complète, représentative de l’activité et suffisamment documentée. Rassemblez alors les mêmes éléments que pour une déclaration courante : surfaces, activités, factures ou relevés couvrant l’année, compteurs, périodes d’occupation et explication des répartitions.
Évitez de sélectionner automatiquement l’année la moins consommatrice. Une année de fermeture partielle, de vacance, de travaux lourds ou de défaut de données peut produire une référence difficile à défendre. À l’inverse, une année anormalement énergivore rendra l’objectif de réduction moins exigeant sur le papier, sans régler les anomalies d’exploitation.
La voie en valeur absolue dépend de l’activité, de la zone climatique et de paramètres d’intensité d’usage prévus par le dispositif. Dans ce cas aussi, la qualité de la description de l’activité est déterminante. Ne tentez pas de reconstituer vous-même une valeur cible avec une moyenne de factures : utilisez les valeurs et catégories proposées dans OPERAT, puis vérifiez que votre classement correspond à la réalité du site.
Les données de modulation peuvent comprendre, selon le cas, des particularités climatiques, un volume d’activité, des horaires d’ouverture étendus, une densité d’occupation, des contraintes techniques ou une évolution de l’usage. Elles ne constituent pas un moyen de corriger une facture manquante. Chaque demande doit correspondre à une situation réelle et être étayée par des pièces exploitables.
Documentez les usages pour expliquer une consommation et les modulations
Deux bâtiments de même surface peuvent consommer très différemment : un centre d’appels ouvert tard, une médiathèque, une crèche ou des bureaux peu occupés n’ont pas les mêmes besoins. Pour cette raison, construisez un petit historique d’exploitation à côté du registre énergétique.
Pour chaque entité, consignez chaque année :
les jours et plages d’ouverture au public ou aux équipes ;
les périodes de fermeture, de vacance ou de travaux ;
l’effectif, le taux d’occupation ou le volume d’activité lorsque cet indicateur est pertinent ;
les changements d’activité, de locataire ou d’aménagement ;
les équipements énergivores permanents et les installations communes ;
les travaux réalisés et leur date de mise en service ;
les incidents qui ont affecté durablement le chauffage, la climatisation ou la production d’eau chaude.
Ces informations ne sont pas toutes des champs obligatoires à saisir tous les ans. Elles constituent en revanche le dossier qui permet d’expliquer une variation, de préparer une modulation admissible ou de répondre à une demande de clarification. Les horaires sont souvent une donnée négligée : ils peuvent être extraits d’un règlement intérieur, d’un système de contrôle d’accès ou d’un planning du personnel bien organisé, puis consolidés à l’échelle du site.
Ne confondez pas données utiles et données personnelles. Pour justifier l’occupation, un total d’effectifs ou des horaires agrégés suffisent généralement. Limitez l’accès au dossier et évitez d’y verser des listes nominatives sans nécessité.
Répartissez clairement les rôles entre propriétaire, occupant et exploitant
Dans un site occupé par plusieurs entreprises, la donnée est rarement détenue par une seule personne. Le propriétaire connaît souvent les surfaces, les baux et les compteurs communs. L’occupant connaît les horaires et les équipements de son activité. L’exploitant technique détient les relevés, les interventions et les schémas d’installation. Sans organisation explicite, chacun suppose que l’autre effectuera la déclaration.
Établissez une matrice simple, même sur une page : qui fournit les factures, qui valide les surfaces, qui calcule une répartition, qui saisit dans OPERAT, qui relit et qui conserve l’attestation annuelle. Les clauses du bail ou de la convention d’exploitation doivent être relues : elles peuvent organiser la transmission des informations et la répartition pratique des tâches, sans effacer les obligations réglementaires des parties concernées.
Un dossier partagé peut suivre cette arborescence :
01_Périmètre : plans, tableau de surfaces, activités, baux utiles.
02_Comptage : liste des compteurs, contrats, schémas, affectations.
03_Consommations : factures, télérelèves et tableau annuel par énergie.
05_Répartitions : formules, hypothèses, relevés de sous-compteurs, validations.
06_OPERAT : exports de saisie, captures de contrôle, attestations annuelles.
Les documents d’intervention peuvent aider à dater un changement de chaudière, de régulation ou de tableau électrique, à condition qu’ils soient rattachés au bon équipement. Une méthode de classement inspirée d’un rapport d’intervention électrique structuré facilite ce lien entre l’action technique et l’évolution des consommations.
Conservez les documents sources et les méthodes de calcul pendant toute la durée utile au suivi du dispositif et aux vérifications. Ne vous fiez pas à la seule disponibilité temporaire d’un extranet fournisseur : téléchargez les factures et exports au fil de l’eau.
Saisissez dans OPERAT après trois contrôles simples
La plateforme OPERAT, gérée pour le dispositif, centralise les déclarations et produit l’attestation annuelle. Avant de soumettre vos données, faites un contrôle de cohérence à trois niveaux.
Premier contrôle : le périmètre. La somme des surfaces des entités doit correspondre à votre tableau de surfaces tertiaires. Vérifiez qu’aucun lot n’est compté deux fois et qu’une zone nouvellement louée ou devenue vacante est correctement datée.
Deuxième contrôle : l’énergie. Additionnez les consommations saisies par vecteur énergétique et rapprochez-les du total des factures. Assurez-vous qu’un compteur commun n’a pas été déclaré intégralement par deux entités différentes. Contrôlez aussi les mois manquants et les régularisations.
Troisième contrôle : l’usage. Une baisse marquée peut venir de travaux efficaces, mais aussi d’une fermeture, d’un changement d’activité ou d’une erreur de saisie. Notez l’explication avant de valider. Elle vous sera utile lors de la déclaration suivante.
La déclaration est annuelle, avec une échéance habituellement fixée au 30 septembre pour les consommations de l’année précédente. Les modalités pratiques et les éventuels reports peuvent évoluer : vérifiez la date affichée dans OPERAT et les textes en vigueur au moment de votre campagne. Téléchargez enfin l’attestation produite, contrôlez les informations qui y figurent et organisez son affichage lorsque cette obligation s’applique à votre bâtiment.
Que faire maintenant pour disposer d’un dossier déclarable
Commencez par un site pilote, de préférence celui dont les compteurs et les factures sont les plus accessibles. En une réunion courte avec le propriétaire, l’occupant et l’exploitant, validez les cinq points suivants : périmètre assujetti, surfaces, activités, liste des compteurs et personne chargée de la saisie.
Puis appliquez cette séquence :
Exportez ou récupérez douze mois complets de consommations pour chaque énergie.
Créez le tableau de correspondance entre compteurs, zones alimentées et entités fonctionnelles.
Documentez toute ventilation de compteur partagé avec une formule et une pièce justificative.
Reconstituez l’année de référence seulement si les archives sont complètes et cohérentes.
Ajoutez les changements d’occupation, d’horaires et de travaux dans un journal annuel.
Saisissez, contrôlez, validez et archivez l’attestation OPERAT avant l’échéance applicable.
Si les surfaces sont incertaines, si les compteurs ne permettent aucune ventilation crédible ou si l’activité ne correspond pas clairement aux catégories proposées, arrêtez la saisie plutôt que de deviner. Faites valider le périmètre et la méthode par un professionnel compétent en énergie ou en réglementation immobilière. Une base de données propre dès la première année rend les déclarations suivantes beaucoup plus rapides et permet surtout de distinguer une vraie économie d’énergie d’un simple changement d’usage.
Objectif relatif ou valeur absolue : les données ne servent pas exactement au même calcul
Le dispositif mobilise deux approches. La préparation des données doit permettre de renseigner correctement chacune d’elles, sans choisir un objectif sur la seule base d’un résultat apparemment plus favorable.
Objectif relatif
Repose sur une année de référence comprise entre 2010 et 2019.
Demande une consommation historique complète, avec surfaces et activités de l’année choisie.
Nécessite d’expliquer les écarts structurels entre l’année de référence et l’année déclarée.
Utile lorsque l’historique est fiable, traçable et représentatif de l’exploitation.
Objectif en valeur absolue
S’appuie sur la catégorie d’activité et les paramètres réglementaires applicables.
Demande une description précise des activités, surfaces et intensités d’usage.
Ne se calcule pas en comparant simplement les factures d’une année sur l’autre.
Particulièrement structurant lorsque l’historique de référence est incomplet ou peu représentatif.
Notre arbitrage —Ne choisissez pas une voie à partir d’une intuition ou d’une facture isolée : renseignez le périmètre et les usages avec précision dans tous les cas. Conservez l’historique énergétique, car il reste utile pour le pilotage, les contrôles et la compréhension de vos résultats.
Questions fréquentes
Quelles factures faut-il conserver pour le décret tertiaire ?
Conservez les factures et relevés couvrant chaque période de consommation déclarée, pour toutes les énergies alimentant les surfaces assujetties. Gardez aussi les avoirs, régularisations, exports de télérelève et contrats permettant d’identifier les compteurs. Une facture seule ne suffit pas : joignez la correspondance entre le compteur, la zone desservie et l’entité fonctionnelle déclarée.
Doit-on déclarer les consommations des parties communes ?
Oui, lorsqu’elles concourent aux consommations des surfaces tertiaires concernées, mais leur attribution dépend de l’organisation du bâtiment. Si les parties communes disposent d’un compteur dédié, leur traitement est plus simple. Avec un compteur partagé, établissez une répartition documentée entre les entités ou les usages. Vérifiez que la même consommation n’est pas imputée deux fois.
Le locataire ou le propriétaire doit-il fournir les données à OPERAT ?
Les informations sont souvent réparties entre les deux : le propriétaire détient les données immobilières et le locataire connaît l’exploitation. Organisez la collecte dans le bail, une annexe ou une convention de gestion. Désignez un déposant opérationnel, mais ne supposez pas que cette désignation dispense les autres parties de leurs obligations réglementaires. En cas de doute, demandez un avis juridique adapté au contrat.
Faut-il relever l’eau, les déchets ou les émissions de carbone ?
Ces indicateurs peuvent servir à votre politique environnementale, mais ils ne remplacent pas les données énergétiques attendues dans le cadre du décret tertiaire. La priorité porte sur les consommations d’énergie, les surfaces, les activités et les informations nécessaires aux éventuelles modulations. Ne mélangez pas les unités : euros, mètres cubes d’eau et tonnes de déchets ne permettent pas de reconstituer des kilowattheures.
Que faire si aucune donnée fiable n’existe pour l’année de référence ?
Ne reconstituez pas une année de référence à partir d’hypothèses non vérifiables. Centralisez d’abord les archives disponibles : factures, contrats, relevés et historiques d’occupation. Si l’année ne peut pas être documentée de façon complète, appuyez-vous sur les mécanismes applicables, notamment l’objectif en valeur absolue, et vérifiez votre cas dans OPERAT ou avec un conseil spécialisé.
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