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07 Mode & Style

L’histoire du tissu Burberrys et son impact dans le monde de la mode

Souvent réduit à son beige quadrillé, le motif Burberry est l’aboutissement d’une histoire de textile technique, de doublures et de stratégie de marque. Repères chronologiques, codes visuels et clés de lecture pour comprendre sa place dans la mode.

Par La rédaction de Repères Mis à jour le 11 min de lecture
Trench beige à carreaux bruns sur mannequin devant une machine à coudre dans un atelier
Trench beige à carreaux bruns sur mannequin devant une machine à coudre dans un atelier

Un fond beige, des lignes noires et blanches, un filet rouge : peu de dessins textiles sont identifiables aussi vite que le check Burberry. Pourtant, l’associer seulement à un foulard ou à une doublure de trench-coat fait perdre l’essentiel. Ce quadrillage est né dans une maison qui avait d’abord construit sa réputation sur la protection contre la pluie, le vent et les trajets en extérieur.

L’histoire du tissu Burberrys ne se résume donc pas à celle d’un imprimé. Elle relie l’invention d’une étoffe technique, la naissance d’un code visuel britannique, la montée des logos dans la rue et les efforts d’une marque pour garder la maîtrise d’un signe devenu mondial. Pour comprendre son influence, il faut distinguer la gabardine, matière fondatrice, du check, motif de reconnaissance.

La gabardine a fait la réputation de Burberry avant le motif à carreaux

Thomas Burberry fonde sa maison en 1856 à Basingstoke, en Angleterre. Son ambition initiale est fonctionnelle : concevoir des vêtements capables de répondre au climat humide et aux usages de plein air. À la fin des années 1870, il met au point la gabardine et en dépose le brevet en 1888.

La gabardine n’est pas un simple nom commercial pour un tissu beige. C’est une étoffe serrée, reconnaissable à son tissage en diagonale, pensée pour être résistante tout en restant plus respirante et plus souple que les lourdes toiles enduites alors courantes. Chez Burberry, le traitement déperlant des fibres intervient avant le tissage. Cette recherche textile explique pourquoi la maison est longtemps associée aux manteaux, aux vêtements de voyage et aux équipements destinés aux intempéries.

Le trench-coat est devenu son vêtement emblématique, mais Burberry n’a pas créé à lui seul tout le principe du manteau militaire croisé. La maison a fourni des vêtements d’extérieur aux officiers britanniques pendant la Première Guerre mondiale et a contribué à fixer les codes du modèle : ceinture, pattes d’épaule, rabat coupe-vent, grand col et tissu résistant. Après-guerre, cette silhouette entre dans le vestiaire civil.

PériodeÉvolution chez BurberryConséquence dans la mode
1856Fondation de la maison de vêtements d’extérieurBurberry s’ancre dans le vêtement pratique britannique
Fin des années 1870 et 1888Mise au point puis brevet de la gabardineLe textile technique devient un argument de qualité et de confort
Années 1920Introduction du check dans certaines doubluresUn détail intérieur devient progressivement un code de marque
Années 1980-1990Check plus visible sur les accessoires et le prêt-à-porterLe motif bascule vers le statut de signe immédiatement reconnaissable
1999Passage de Burberrys à BurberryL’identité est harmonisée pour un public international
Années 2010-2020Réinterprétations du check, du monogramme et des archivesLa maison alterne héritage, minimalisme et visibilité graphique

Cette distinction est essentielle pour les collectionneurs comme pour les amateurs d’histoire de la mode. Elle évite de croire que tout tissu quadrillé beige est une gabardine ou que le motif, à lui seul, résume le savoir-faire originel de la maison.

Burberrys est le nom historique de la marque, pas le nom du motif

Le mot Burberrys, sans apostrophe dans l’usage commercial le plus courant, apparaît sur de nombreuses étiquettes, boîtes et pièces anciennes. Il renvoie à la dénomination historique de la maison. À partir de 1999, la marque adopte Burberry comme nom principal dans sa communication et son identité commerciale.

Cette évolution explique une confusion fréquente sur le marché de la seconde main. Une étiquette Burberrys peut signaler une pièce plus ancienne, mais elle ne suffit pas à dater précisément un vêtement ni à certifier son authenticité. Les étiquettes ont changé selon les périodes, les lignes, les pays de distribution et les catégories de produits. Le nom Burberrys est donc un indice historique à replacer dans un ensemble.

Le terme « tissu Burberrys » est lui aussi pratique mais imprécis. Il peut désigner, selon la personne qui l’emploie :

  • la gabardine beige utilisée pour un imperméable ;
  • la doublure quadrillée d’un trench ;
  • un foulard ou un accessoire portant le check ;
  • plus largement, n’importe quel tissu inspiré du dessin de la maison.

Pour parler avec précision, mieux vaut nommer la matière et le motif séparément : gabardine de coton, doublure à check, laine à carreaux, sergé imprimé ou écharpe en cachemire à motif check. Cette rigueur aide aussi à comparer Burberry à d’autres maisons dont l’identité se construit sur une silhouette ou un emblème, comme dans ce guide consacré à la veste Ralph Lauren homme.

Le check est passé de la doublure discrète au signe affiché

Le quadrillage Burberry est employé comme doublure de manteaux au cours des années 1920. À cette étape, il ne cherche pas encore à couvrir le vêtement. Il joue le rôle d’une signature intérieure : un détail que l’on aperçoit en ouvrant un imperméable, en relevant le col ou en retirant son manteau.

Sa force vient de cette retenue initiale. Le dessin s’inscrit dans la tradition britannique des carreaux, mais ne reproduit pas un tartan de clan au sens historique. Sa version la plus célèbre combine un fond beige ou camel à des bandes noires, blanches et rouges. Le jeu d’échelles, de lignes et de couleurs produit une lecture rapide, même sur une petite surface.

À partir de la seconde moitié du XXe siècle, le motif quitte davantage l’intérieur des manteaux. Il se retrouve sur des écharpes, parapluies, sacs, accessoires et vêtements. Ce déplacement change son statut. Le check ne garantit plus seulement l’appartenance du produit à une maison ; il devient un signe visible depuis l’extérieur, parfois choisi précisément pour être reconnu.

Les années 1980 et 1990 amplifient ce phénomène. La mode de marque valorise les emblèmes répétés, les monogrammes et les références patrimoniales. Le check entre alors dans une circulation beaucoup plus large : il est adopté dans des styles classiques, mais aussi urbains et ostentatoires. Cette notoriété attire inévitablement les copies. Plus un motif est lisible, plus il est facile à imiter et plus il devient délicat pour une maison de préserver sa rareté perçue.

Au tournant des années 2000, Burberry cherche à rééquilibrer cette présence. Les collections font alterner des propositions sobres, où le check reste dans la doublure ou sur une petite touche, et des usages plus affirmés. Les directions créatives successives ont continué ce dialogue. En 2018, Riccardo Tisci introduit notamment le monogramme TB, conçu avec Peter Saville. À partir de 2023, Daniel Lee remet aussi en avant certains repères historiques, dont le cavalier équestre et des interprétations renouvelées du check.

Les couleurs et l’échelle du dessin expliquent sa puissance visuelle

Le check classique est souvent qualifié de beige, camel ou tan. Cette base chaude rappelle les imperméables de la maison et sert de fond aux bandes plus contrastées. Les lignes noires structurent le quadrillage ; les lignes blanches l’éclairent ; le rouge crée le point d’accent qui rend l’ensemble mémorisable.

Toutefois, le motif Burberry n’est pas figé dans une seule palette. La maison a proposé au fil du temps des versions plus sombres, plus colorées, agrandies, réduites, tissées ou imprimées. Il faut donc éviter un raisonnement trop simple : un check bleu, vert ou très grand n’est pas automatiquement suspect, pas plus qu’un check beige classique n’est automatiquement ancien.

L’échelle change fortement l’effet produit :

  • le micro-check paraît discret à distance et fonctionne bien sur une doublure, une chemise ou une petite maroquinerie ;
  • le check de taille moyenne reste le plus directement associé à l’image traditionnelle de la maison ;
  • le macro-check transforme le dessin en motif de mode et donne au vêtement une lecture plus contemporaine ;
  • le check fragmenté ou recadré peut ne montrer qu’une partie des bandes, en particulier sur un sac, une chaussure ou une pièce asymétrique.

Cette capacité à changer d’échelle et de support explique la longévité du check. Le même dessin peut rester presque invisible sur la doublure d’un trench, devenir un détail raffiné sur une écharpe ou prendre toute la place sur une veste de défilé.

Son influence a installé le motif-signature au cœur de la mode de marque

L’influence de Burberry ne tient pas au fait d’avoir inventé les carreaux. Les tartans, les damiers et les rayures existaient depuis longtemps dans les vêtements, les uniformes et les textiles d’ameublement. Sa contribution est d’avoir associé de manière durable un quadrillage précis à une maison identifiable, puis d’avoir fait circuler ce code d’un usage fonctionnel vers tous les segments de la mode.

Le check a participé à installer plusieurs idées qui restent centrales :

  1. Une doublure peut devenir un langage de marque. Un élément d’abord caché peut créer du désir et de la reconnaissance sans modifier la coupe extérieure d’un vêtement.
  2. Le patrimoine peut être portable. La référence à l’Angleterre, à la pluie, au voyage et au trench offre un récit que la clientèle peut porter, même avec un accessoire simple.
  3. La visibilité a un coût. Lorsqu’un motif devient un raccourci social, il risque d’être surutilisé, copié ou détaché de son contexte de fabrication.
  4. La réinterprétation est nécessaire. Une maison patrimoniale doit parfois réduire l’usage de son signe, en modifier les couleurs ou le confronter à d’autres codes pour éviter l’immobilisme.

Ce mécanisme dépasse Burberry. Une veste, un logo, une silhouette sportive ou un parfum peuvent devenir des repères culturels lorsqu’ils associent un produit à un imaginaire cohérent. L’histoire du parfum Narciso à travers les générations montre, dans un autre secteur, comment une identité de marque peut évoluer sans abandonner son signe distinctif.

Le check a aussi influencé la manière dont la mode traite les motifs hérités. Il a prouvé qu’un dessin à connotation traditionnelle pouvait entrer dans le luxe, le streetwear, la culture populaire et le vêtement de tous les jours. Cette polyvalence est précisément ce qui le rend fascinant : il évoque tantôt la retenue britannique, tantôt le statut social, tantôt une appropriation plus provocante.

Pour dater ou acheter une pièce, le check doit être étudié avec d’autres indices

Face à une pièce Burberry ou Burberrys, le motif est un point de départ, jamais un verdict. Les contrefaçons peuvent reproduire assez correctement les couleurs et les lignes à première vue. À l’inverse, une pièce authentique peut présenter une variante de check méconnue, une doublure différente ou une étiquette inhabituelle pour qui ne connaît qu’une période de la marque.

Examinez plutôt une série d’éléments cohérents :

Indice à vérifierCe qu’il peut apprendreSa limite
Étiquette de marque et de compositionPériode probable, ligne, pays de fabricationLes étiquettes varient et peuvent être remplacées
Qualité de la gabardine ou du lainageDensité, tenue, régularité du tissageUne belle matière n’est pas une preuve suffisante
Construction du vêtementCoutures, boutons, doublure, alignement des piècesLes finitions dépendent aussi de l’âge et de la catégorie
Check et raccordsCohérence des couleurs, de l’échelle et du placementCertaines coupes rendent les raccords impossibles
Provenance documentéeFacture, photos anciennes, vendeur identifiableUn document isolé peut être incomplet ou erroné

Un manteau ancien mérite une attention particulière. La doublure peut avoir été changée, les boutons remplacés, l’ourlet raccourci ou les étiquettes retirées. Ces transformations n’annulent pas forcément son intérêt historique, mais elles modifient sa valeur de collection et doivent être signalées lors d’une revente.

Pour conserver une pièce, adaptez l’entretien à la matière indiquée sur l’étiquette. Une gabardine imperméabilisée, une doublure, un cachemire et du cuir ne réagissent pas de la même manière au lavage, à la chaleur ou au stockage. Les méthodes de nettoyage qui conviennent à un vêtement courant ne sont pas forcément adaptées à un manteau ancien ou à un article doublé.

Pour situer une pièce Burberrys, procédez en quatre gestes

Commencez par identifier ce que vous regardez : une gabardine, une doublure à check, une écharpe, un sac ou un vêtement entièrement couvert du motif. Cette première distinction évite de confondre l’innovation textile de Thomas Burberry avec l’emblème visuel développé plus tard.

Ensuite, placez la pièce dans une grande période. Le nom Burberrys oriente vers l’histoire de la marque avant son changement de dénomination de 1999, sans remplacer une datation complète. Comparez la coupe, l’étiquette, les matières et les finitions plutôt que de vous fier à une seule photo de motif.

Puis, observez son usage du check. Une doublure discrète raconte le lien avec le trench patrimonial. Un accessoire à carreaux raconte la diffusion du signe dans la mode de marque. Un macro-motif ou une palette inattendue peut signaler une réinterprétation plus récente.

Enfin, si votre objectif est l’achat, fixez votre priorité avant de chercher : qualité de la gabardine et coupe pour porter un trench, état et provenance pour collectionner, ou présence assumée du check pour un effet stylistique. En cas de doute sur une pièce onéreuse, faites contrôler l’article avant de payer : c’est le seul réflexe qui transforme une fascination pour le motif en décision d’achat solide.

Check Burberrys d’archive ou check Burberry contemporain : que raconte chaque pièce ?

Les deux options peuvent être pertinentes, mais elles ne répondent pas au même intérêt vestimentaire ni au même rapport à l’histoire de la maison.

Pièce Burberrys d’archive

  • Porte le nom historique utilisé avant l’unification sous Burberry en 1999.
  • Peut présenter une coupe, une étiquette ou une doublure recherchées par les collectionneurs.
  • Exige un contrôle renforcé de l’état, des retouches et de la provenance.
  • Convient à qui privilégie le contexte historique et la patine.

Pièce Burberry contemporaine à check

  • Propose des variations récentes de couleurs, d’échelle et de matières.
  • Offre souvent une lecture plus assumée du motif sur l’extérieur du vêtement.
  • Peut mieux répondre aux attentes de coupe, de confort ou de fonctionnalité actuelles.
  • Convient à qui cherche d’abord un usage quotidien et une interprétation actuelle du code.

Notre arbitrage — Choisissez une pièce Burberrys d’archive si l’étiquette, la construction et l’histoire de l’objet vous intéressent autant que son apparence. Préférez une pièce contemporaine si vous voulez porter le check dans une coupe actuelle, sans accepter les contraintes d’entretien ou d’état propres au vintage.

Questions fréquentes

Le motif Burberry est-il réellement un tartan ?

Il emprunte au vocabulaire visuel des carreaux britanniques, mais il ne faut pas le confondre avec un tartan de clan au sens historique. Le check Burberry est un motif de marque, construit autour d’une base beige et de lignes contrastées. Son intérêt dans l’histoire de la mode vient justement de cette transformation d’un registre traditionnel en signature commerciale.

Pourquoi voit-on encore le nom Burberrys sur certaines étiquettes ?

Burberrys correspond à la dénomination historique employée par la maison sur de nombreuses pièces anciennes. La marque a ensuite unifié son nom sous Burberry en 1999. Une étiquette Burberrys peut donc orienter vers une pièce antérieure, mais elle ne donne ni une date exacte ni une garantie d’authenticité sans examen des autres éléments.

Le check beige classique est-il toujours appelé Nova Check ?

L’expression Nova Check est souvent employée dans la vente vintage et la conversation courante pour désigner le quadrillage beige à lignes noires, blanches et rouges. Elle peut aider à décrire la version la plus connue, mais elle ne doit pas servir de critère de datation. Burberry a proposé plusieurs variantes de couleurs et d’échelles au fil des collections.

Comment reconnaître une pièce Burberry authentique à partir du tissu ?

Le tissu ne permet pas de trancher seul. Regardez la densité de la matière, la régularité du tissage, la qualité des coutures, les étiquettes, la quincaillerie, la doublure et la cohérence générale avec la période supposée. Pour une pièce de valeur, demandez une authentification professionnelle : les copies peuvent imiter correctement le motif vu de loin.

Burberry a-t-il inventé le trench-coat ?

La maison a joué un rôle majeur dans la diffusion du trench grâce à sa gabardine et à ses fournitures de vêtements d’extérieur pendant la Première Guerre mondiale. Mais le manteau croisé militaire résulte d’évolutions plus larges du vêtement de pluie et de l’uniforme. L’apport décisif de Burberry est l’alliance entre une matière technique, une coupe fonctionnelle et une identité durable.

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