La tong n’a pas un inventeur unique. Cet accessoire très simple descend de traditions anciennes, mais sa forme contemporaine doit beaucoup aux zōri japonais, au caoutchouc industriel et à sa diffusion mondiale après 1945.
Par La rédaction de Repères•
Mis à jour le •12 min de lecture
Un pied porte une tong orange sur le sable, devant des herbes de dune
Une semelle plate, deux brides qui se rejoignent entre les orteils, et un bruit caractéristique sur le sol : la tong paraît si élémentaire qu’on pourrait croire son origine évidente. Pourtant, demander qui l’a inventée appelle une réponse moins simple qu’un nom ou qu’une date. Les civilisations anciennes portaient déjà des sandales ouvertes, mais la tong telle qu’on l’achète aujourd’hui est le résultat de plusieurs héritages et d’une industrialisation récente.
Elle a été chaussure de travail, accessoire domestique, signe de vacances, produit bon marché puis pièce de mode. Pour suivre son histoire sans lui attribuer abusivement un unique berceau, il faut distinguer les sandales anciennes, les zōri japonais et la tong moderne en caoutchouc ou en plastique.
La tong n’a pas un inventeur unique, mais plusieurs ancêtres
Personne ne peut être désigné avec certitude comme « l’inventeur de la tong ». Les objets les plus simples naissent souvent dans plusieurs régions, à partir des matières disponibles et d’un même besoin : protéger la plante du pied tout en supportant la chaleur.
Une tong, au sens de sa construction, associe une semelle et une bride qui passe entre le gros orteil et le deuxième orteil. Cette bride se divise ensuite en deux lanières qui maintiennent le pied. Cette forme appartient à la grande famille des sandales, mais toutes les sandales antiques ne sont pas des tongs : certaines retiennent le pied par des lacets à la cheville, d’autres par une large bande sur le cou-de-pied.
Les archéologues ont retrouvé des chaussures bien plus anciennes que les premières tongs clairement identifiables. Elles ne prouvent pas pour autant une filiation directe avec le modèle actuel. Les matériaux végétaux, le cuir et les fibres se dégradent vite ; les trouvailles conservées sont donc rares et inégalement réparties selon les régions.
L’Égypte ancienne fournit des repères visuels et matériels particulièrement parlants. Des sandales en papyrus, en feuilles de palmier ou en cuir, ainsi que des représentations datant notamment du IIe millénaire avant notre ère, montrent des formes ouvertes proches de la sandale à entre-doigts. Elles pouvaient avoir une fonction pratique, mais aussi sociale ou rituelle selon leur matière et leur décoration.
D’autres régions ont développé leurs propres solutions. En Inde, les paduka traditionnelles reposent sur un tenon placé entre les orteils, plutôt que sur une bride en Y. Dans les mondes grec et romain, les sandales à lanières sont courantes, sans correspondre systématiquement à la tong. Ces parentés de forme sont utiles pour comprendre l’idée, mais elles ne permettent pas de dire que la tong brésilienne ou de plage « descend » directement d’un modèle égyptien.
Les zōri japonais forment le lien le plus net avec la tong moderne
C’est au Japon que se trouve l’ancêtre culturel et technique le plus souvent relié à la tong contemporaine : le zōri. Cette sandale traditionnelle comporte une semelle et une lanière appelée hanao, qui passe entre les deux premiers orteils puis rejoint les côtés de la semelle. Sa silhouette est immédiatement familière.
Pendant des siècles, les zōri ont été fabriqués avec des matériaux adaptés à l’usage et au statut : paille de riz, fibres végétales, tissu, cuir ou semelles plus élaborées. Ils se portent avec certains vêtements traditionnels et, selon les modèles, avec des chaussettes à séparation d’orteil. Le geste de marche diffère légèrement de celui requis par une chaussure fermée : le pied doit retenir la semelle et la bride maintient l’avant du pied sans envelopper le talon.
Il faut éviter un raccourci fréquent : le zōri n’est pas simplement une « tong japonaise ancienne ». C’est un objet inscrit dans des codes de tenue, de saison, de matière et d’usage propres au Japon. En revanche, sa structure est bien celle qui a inspiré de nombreux modèles occidentaux et brésiliens au XXe siècle.
Période ou aire culturelle
Forme de chaussure
Matières fréquentes
Ce qu’elle apporte à l’histoire de la tong
Égypte ancienne
Sandales ouvertes, parfois à séparation des orteils
Papyrus, palmier, cuir
Atteste des formes très anciennes de protection légère du pied
Inde
Paduka à tenon central
Bois, cuir, parfois matières précieuses
Montre une autre solution de maintien entre les orteils
Japon
Zōri à lanière hanao
Paille, tissu, cuir, caoutchouc selon les périodes
Offre le modèle le plus proche de la tong contemporaine
XXe siècle industriel
Tong moulée à bride en Y
Caoutchouc naturel ou synthétique, PVC, EVA
Rend l’objet léger, standardisé et diffusé à grande échelle
Le parcours des matières compte autant que la forme. Une semelle en paille tressée, une semelle en cuir et une semelle moulée n’offrent ni la même souplesse, ni la même durée d’usage, ni la même image sociale. Ce principe se retrouve dans d’autres accessoires : l’histoire du tissu Burberrys et son impact dans la mode montre aussi comment une matière peut transformer un objet fonctionnel en signe de style.
Le caoutchouc a transformé une sandale traditionnelle en produit de masse
La tong moderne ne naît pas seulement d’une silhouette. Elle dépend de l’industrialisation du caoutchouc. Au XIXe siècle, la maîtrise de la vulcanisation rend ce matériau plus stable et plus utilisable dans l’industrie. Au XXe siècle, les procédés de moulage et les matières synthétiques accélèrent encore la production de chaussures légères et résistantes à l’eau.
Le principe de fabrication est efficace : une semelle est moulée ou découpée, puis les extrémités de la bride sont insérées dans trois points d’ancrage. Cette économie de matière et d’assemblage permet de produire des modèles à bas coût, dans de nombreux coloris et avec peu de pièces. Elle explique largement le succès de la tong auprès des vacanciers, dans les vestiaires et dans les climats chauds.
Après la Seconde Guerre mondiale, les échanges entre le Japon, les États-Unis et d’autres marchés du Pacifique contribuent à faire connaître les sandales inspirées du zōri hors du Japon. Les modèles de plage se diffusent alors sous différentes appellations. Dans les pays anglophones, flip-flop imite le son de la semelle qui frappe le pied et le sol. En Australie, le mot thongs désigne couramment ce type de chaussure, ce qui peut prêter à confusion avec un autre sens du mot dans d’autres pays anglophones.
En français, « tong » vient de l’anglais thong, au sens de lanière. Le mot s’est imposé pour désigner la sandale à entre-doigts. On rencontre aussi « sandale brésilienne », « nu-pieds à entre-doigts » ou, dans un registre plus courant, « claquettes entre-doigts », bien que la claquette classique soit techniquement différente.
Havaianas a donné une identité mondiale à la tong brésilienne
La marque Havaianas, lancée au Brésil en 1962 par Alpargatas, occupe une place majeure dans l’histoire commerciale de la tong. Son modèle initial reprend le principe du zōri japonais, mais le transpose dans une tong en caoutchouc pensée pour une fabrication industrielle et un usage quotidien. La texture de certaines semelles évoque d’ailleurs visuellement des grains de riz, en référence à cette inspiration japonaise.
Le succès brésilien ne tient pas à une invention isolée de la bride en Y. Il tient à l’assemblage de plusieurs éléments : une matière résistante à l’eau, un prix accessible à l’origine, des couleurs renouvelées et une forte capacité de distribution. Progressivement, la tong cesse d’être limitée à une chaussure utilitaire. Elle devient un objet associé aux plages, au climat tropical, aux vacances et à une certaine désinvolture vestimentaire.
À partir de la fin du XXe siècle, des collections plus travaillées font évoluer son image : brides fines ou ornées, plateformes, semelles épaisses, versions en cuir, collaborations et déclinaisons de luxe. Cette montée en gamme ne change pas son architecture fondamentale. Elle modifie surtout les matériaux, les finitions et le contexte dans lequel on la porte.
Cette trajectoire est typique de l’histoire de la mode : un objet courant peut devenir emblématique lorsque sa fabrication, son récit et son usage social changent. Les matières naturelles restent également présentes dans la création contemporaine, y compris pour des pièces spectaculaires, comme le montre la confection de costumes de scène à partir de matériaux naturels.
La tong est passée du bord de mer aux codes de la mode
La popularité de la tong repose sur un paradoxe. Elle expose le pied, protège peu et tient avec une structure minimale ; pourtant, elle évoque immédiatement la liberté de mouvement et l’été. Sa valeur symbolique a souvent compté autant que son confort.
Dans un cadre de loisir, elle est pratique pour la piscine, la plage, les sanitaires collectifs ou les courts déplacements. Elle se rince facilement et sèche vite si elle est conçue en caoutchouc ou en mousse synthétique. Dans un cadre urbain ou plus habillé, son acceptation dépend du lieu, de la saison, de l’état du modèle et du reste de la tenue.
Les marques de mode ont joué sur plusieurs leviers pour la réinterpréter :
la finesse de la bride, pour un effet plus discret ;
la hauteur ou l’épaisseur de la semelle, pour modifier la silhouette ;
le cuir, le textile ou les fibres tressées, pour éloigner l’objet de la plage ;
les couleurs vives et les imprimés, qui revendiquent son côté populaire ;
les logos et les ornements, qui en font un accessoire reconnaissable.
Le changement de contexte est décisif. Une tong en caoutchouc souple reste adaptée à l’eau et au sable. Une sandale à entre-doigts en cuir à semelle plus dense peut accompagner une tenue estivale en ville, mais elle reste moins protectrice qu’une chaussure fermée. La tendance ne transforme pas mécaniquement un objet de plage en chaussure universelle.
Les matières révèlent l’époque et l’usage de chaque tong
Observer une tong permet de lire une partie de son histoire. Les premières sandales connues utilisaient ce que l’environnement offrait : feuilles, fibres, écorce, cuir. La tong industrielle s’appuie surtout sur le caoutchouc et les polymères. Les modèles actuels mélangent parfois ces deux imaginaires, avec une semelle synthétique et une bride textile, ou une base en mousse et une finition en cuir.
Matière principale
Atouts usuels
Limites à connaître
Usage le plus cohérent
Caoutchouc
Résistant à l’eau, bonne adhérence selon le relief, entretien simple
Peut être lourd ou rigide selon l’épaisseur
Plage, piscine, déplacements estivaux
EVA ou mousse synthétique
Très léger, amorti immédiat, souvent économique
S’écrase ou se marque plus vite sur certains modèles
Vacances, douche, usage occasionnel
PVC et plastiques souples
Couleurs faciles à obtenir, production standardisée
Respirabilité faible, vieillissement variable
Usage ponctuel et modèles fantaisie
Cuir
Aspect plus habillé, patine possible
Craint l’eau, demande de l’entretien
Ville, terrasse, tenue estivale sèche
Fibres végétales ou textile
Texture et style artisanal
Sensible à l’humidité et à l’usure
Usage sec, occasions courtes
Une mention « recyclé », « biosourcé » ou « naturel » ne suffit pas à évaluer l’impact d’une paire. Vérifiez ce qui concerne précisément la semelle, la bride et les emballages. Regardez aussi si la bride est remplaçable, si la semelle est assez solide pour l’usage prévu et si vous porterez réellement la paire plusieurs saisons. La durée d’utilisation reste un critère concret, souvent plus utile qu’une promesse vague.
Distinguer tong, claquette et sandale évite les erreurs de vocabulaire
Dans les conversations comme dans les catalogues, les termes se mélangent. Pourtant, ils ne désignent pas exactement les mêmes objets. Cette distinction aide à comprendre les sources historiques et à acheter le bon modèle.
La tong : bride en Y et séparation entre les deux premiers orteils. C’est le modèle au cœur de cette histoire.
La claquette : large bride passant sur le dessus du pied, sans séparation des orteils. Elle dérive d’autres traditions de chaussures ouvertes.
La sandale : terme générique pour une chaussure ouverte, avec une ou plusieurs brides. Elle peut inclure un maintien au talon.
Le zōri : sandale japonaise traditionnelle à lanière entre les orteils ; elle est culturellement précise et ne se réduit pas à une tong de plage.
La mule : chaussure ouverte à l’arrière, qui peut être plate ou à talon, et dont la bride ne passe pas nécessairement entre les orteils.
La confusion est compréhensible : les marques utilisent parfois « tong » comme un raccourci commercial pour toute chaussure estivale ouverte. Pour comparer des modèles, regardez donc la structure réelle, pas seulement le nom affiché.
Que faire maintenant pour raconter ou choisir une tong avec justesse
Si vous cherchez une réponse courte à la question « qui a inventé la tong ? », retenez ceci : aucun inventeur unique n’est identifié. Des civilisations anciennes ont fabriqué des sandales proches ; le zōri japonais constitue la parenté la plus directe avec la forme moderne ; l’industrie du caoutchouc et des marques comme Havaianas ont ensuite assuré sa diffusion mondiale.
Pour aller plus loin ou choisir une paire, procédez dans cet ordre :
Nommez le modèle correctement. Vérifiez la présence d’une bride en Y si vous cherchez une vraie tong, et non une claquette ou une mule.
Associez la matière à l’usage. Caoutchouc ou EVA pour l’eau et les vacances ; cuir ou textile pour un usage sec et plus habillé.
Testez le maintien. La bride ne doit ni blesser l’espace entre les orteils ni laisser le pied glisser sur la semelle.
Réservez-la au bon contexte. Elle convient aux déplacements courts et aux loisirs, pas aux longues marches ni aux terrains accidentés.
Racontez son histoire sans simplifier. Parlez d’un héritage de sandales anciennes, d’une inspiration japonaise et d’une industrialisation mondiale, plutôt que d’une invention attribuée à une seule civilisation.
Cette lecture permet de voir autrement un accessoire apparemment banal : la tong est à la fois une solution ancienne de protection du pied, un produit industriel du XXe siècle et un marqueur durable du style estival.
Questions fréquentes
Qui a réellement inventé la tong ?
Aucun inventeur unique n’est connu. Des sandales ouvertes à séparation des orteils existaient dans plusieurs civilisations anciennes, notamment en Égypte. La forme qui se rapproche le plus directement de la tong contemporaine est le zōri japonais. La version moderne en caoutchouc résulte ensuite de procédés industriels et de sa diffusion internationale au XXe siècle.
Les tongs viennent-elles d’Égypte ou du Japon ?
Les deux références ne jouent pas le même rôle. L’Égypte ancienne apporte des témoignages très anciens de sandales légères parfois proches de l’entre-doigts. Le Japon apporte, avec le zōri, la structure la plus directement liée à la tong actuelle : une semelle et une lanière passant entre les deux premiers orteils. Il ne s’agit pas d’une filiation prouvée et continue.
Pourquoi les Havaianas sont-elles associées à l’histoire de la tong ?
Lancée au Brésil en 1962, Havaianas a largement contribué à la popularisation mondiale d’une tong en caoutchouc inspirée du zōri japonais. La marque n’a pas inventé le principe de la sandale à entre-doigts, mais elle a donné une identité industrielle, colorée et fortement associée à la plage à ce type de chaussure.
D’où vient le mot « tong » en français ?
Le mot français est emprunté à l’anglais « thong », qui désigne une lanière. Il s’est spécialisé pour nommer la sandale à bride en Y. Le terme anglais « flip-flop », lui, évoque le son produit par une semelle souple qui frappe le sol ou le pied pendant la marche.
Quelle différence entre une tong et une claquette ?
La tong possède une bride en Y qui passe entre le gros orteil et le deuxième orteil. La claquette maintient le pied par une large bande située sur le dessus, sans séparation des orteils. Les deux sont des chaussures ouvertes estivales, mais leur maintien, leur sensation de marche et leur histoire ne sont pas les mêmes.
Peut-on porter des tongs toute la journée ?
Cela dépend du terrain, de la durée et du maintien du modèle, mais la tong est surtout conçue pour les loisirs et les trajets courts. Elle protège peu le pied et ne stabilise pas le talon. Pour marcher longtemps, une sandale avec brides de maintien ou une chaussure adaptée est généralement plus pertinente. En cas de douleur persistante, consultez un podologue.
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